Le tube de son premier album sorti en 2006, « Everything », annonçait la couleur : ne renoncer à aucun de ses rêves.

Le tube de son premier album sorti en 2006,  « Everything »,  annonçait la couleur : ne renoncer à aucun de ses rêves. Pourtant, à l’heure où la célébrité se construit en quelques semaines à coup de buzz internet plus ou moins inspirés, il aura fallu pas moins de cinq ans à Jérôme Cotta pour sortir son second album. Un « temps intérieur » (sic) détaché de toute pression qui lui a permis de réaliser quelques collaborations amicales (I Am, Bernard Lavilliers, etc. ) mais surtout de nourrir sa musique d’influences multiples et exotiques (calypso, reggae, soul, bossa, etc.) pour son nouvel album « Cantina Paradise » : une collection de chansons solaires à prescrire d’urgence à tous les workaholics en manque de zenitude. Nous avons commencé le traitement, Ca marche ! Alors vous aussi, attaquez la rentrée en beauté en vous offrant une cure de nonchalance avec la Méthode Jehro à base  d’authenticité, de sincérité et d’émotions. Aucune contre-indication à signaler, rassurez-vous.

Hormis dans le rock, on reproche souvent  musiciens français de passer à l’anglais. Pourtant le timbre et les sonorités de ta voix semble naturellement faite pour cette langue. Comment s’est passé le transfert ?

La période est au terrorisme du repli culturel identitaire et aux conflits d’appartenances. Elle passera comme les autres… J’ai commencé à chanter adolescent et à m’exprimer sur des musiques anglophones, je ne comprenais pas forcement toute la teneur des paroles mais le son et les rythmes me plaisaient, généraient des émotions chez moi. J’ai une certaine plasticité avec les langues en général et je ne me suis jamais bridé au niveau créatif sur ce point là. A l’époque je n’hésitais pas à mélanger. Je continue toujours aujourd’hui.

Ton père est issu de l’école de la chanson à texte. Tu sembles avoir un rapport beaucoup plus décomplexé aux paroles de ton côté, non ?

Le son, le sens et l’harmonie m’intéressent quand elles sont au service d’une émotion. Il est vrai que de mon côté, je ne suis pas dans une quelconque “culpabilité littéraire” ou justification. Chanter des textes légers avec profondeur et sérieux ou au contraire des textes profonds ou graves avec légèreté et fluidité est un exercice d’équilibriste, un bon challenge artistique et créatif. Mais globalement et plus personnellement, je crois beaucoup plus à la portée du son qu’à celle du verbe. “Born in the USA” de Bruce Springsteen est un bon exemple. C’est devenue une chanson symbole, étendard d’une poussée nationaliste, d’une fierté américaine alors que le texte exprimait au contraire une critique acerbe de la guerre au Vietnam, une dénonciation de l’impérialisme américain et de son arrogance…

D’où te vient cette attirance pour les sonorités caribéennes et ces ambiances solaires : l’art du farniente du sud d’où tu es originaire ou de ton séjour à Londres où vit une très grande communauté ?

Le farniente est un art véritable… Savoir “réellement” ne rien faire touche pour moi au sublime et aux plus subtiles sphères de la sagesse, de l’intelligence et de l’humanité. Le soleil étant un attribut pour le moins essentiel à la vie sur terre, je lui dois au moins ça. Etrangement, les parties du globe où sa présence est plus affirmée, produisent des lieux et des cultures avec lesquels il me semble que je résonne plus naturellement et qui éveillent plus spontanément mon intérêt, mon envie de créer. Ceci expliquant sûrement cela.

On reproche souvent aux musiques latines et caribéennes de verser très vite dans la rengaine un peu kitsch. Comment as-tu fait pour éviter cet écueil ?

J’aurai en fait aimé savoir un peu plus précisément ce que tu signifies exactement dans ce “on”? Car je pourrai également trouver cette question un peu kitsch et renvoyer par exemple au kitsch éventuel du pseudo littéralisme de salon qui sévit actuellement dans la chanson française, à ces chroniques stériles, élitistes, nombrilistes et blasées de trentenaires en mal d’inspiration et de causes à défendre. Ce kitsch là par contre n’accroche bizarrement que très rarement les éditos des journalistes spécialisés. Donc pour rebondir sur la question; dès que je vois un écueil. Je plonge dedans bien sûr. Juste pour voir si j’arrive à passer au travers.

Près de 5 ans entre tes deux albums, c’est une longue période en complet décalage avec le rythme frénétique d’internet d’aujourd’hui. Comment vis-tu en tant qu’artiste cette course au buzz et à la notoriété rapide?

Je le vis plutôt bien car mes aspirations personnelles sont assez loin de cette frénésie informatico-médiatico-buzzivore. Je conçois l’expression artistique comme un outil de vie, donc je privilégie plutôt le temps intérieur, que le temps extérieur. Mon bien-être se substituant pour le moment aux impératifs carriéristes et financiers.

Ta musique est euphorisante et optimiste. Pourtant les artistes que tu citais en référence il y a quelques années (Bashung, Nick Drake, Jeff Buckley) étaient connus davantage pour être des génies plus torturés que de joyeux drilles. Est-ce le syndrome du clown triste ?

Merci pour les adjectifs. J’avais cité aussi au hasard des interviews Bob Marley, Otis Redding, Cesaria Evora, Marvin Gaye, Erik Satie, Billie Holiday, Felah Kuti, Harry Belafonte, Toots and the Maytals, Peter Gabriel, Claude Debussy, Carlos Jobim, Atahualpa Yupanqui, Joao Gilberto, Compay Secundo, Lord Invader, Wendo Kolosoi, Myriam Makeba..mais aussi Pablo Neruda, Fernando Pessoa, Rain Maria Rilke, Arthur Rimbaud, Stefan Sweig, Gandhi, jedu krishnamurti, Charles Baudelaire, Voltaire, William Sheakspeare, Jean Cocteau, Charles Chaplin, Henri Bergson, Arthur Schopenhauer, Amadou Hampâté Bâ, Baruch Spinoza, Marc Chagall, Pablo Picasso, Henri Matisse, Gustav Klimt, Antoine Gauguin, Paul Klee, Ousman Sow etc.

Je dirai en fait que c’est plutôt le syndrome du clown curieux de la richesse du monde..et du peu de temps qui nous est imparti pour en jouir.. et partager..

Avec l’expérience des années et des voyages, où situerais-tu ta « Cantina Paradise » idéale. Comment la décrirais-tu ?

Beaucoup de lieux dans le monde pourraient l’illustrer parfaitement, selon mes états d’âme et l’inspiration du moment… Brésil, Cuba, Costa Rica, Padawan, Madagascar, Porquerolles, Ithaque, Bali, Nouméa, Moorea ect..) un bout de plage dégagé ouvert sur la baie, un roulis de vagues douces, une petite brise tiède et salée qui vient coller à la peau, une grande bicoque en planches colorées et défraîchies, cintrée de larges balcons sur pilotis plantés à même le sable, à l’ombre de grands palmiers centenaires… des chants d’oiseaux, des enfants qui jouent en riant, sur les marches.. des gens qui mangent, et parlent avec animation, enthousiasme. Ca donne une idée.

Tu as préparé cet album à Cotignac dans l’arrière-pays varois. Que t’apporte cette région ?

Une partie de l’album a été effectivement enregistrée à Cotignac. C’est un village magnifique pour qui aime le charme de l’ancien (ce qui est mon cas..) c’est un lieu qui bénéficie d’une énergie et d’un aura particulier qui me fait beaucoup de bien.. Il y subsiste encore quelques fragments de l’équilibre ancien, entre nature et culture, ou l’homme n’avait pas encore complètement pris le pas sur la nature. et où les maisons étaient encore à peu près naturellement biodégradables, tout comme les villages. Le Var est un département préservé où la nature chante encore et bénéficie de droits qu’on tente tant bien que mal de protéger.

Tu as collaboré avec pas mal de pointures de la musique, tapé le boeuf avec d’autres… Quels sont les musiciens d’aujourd’hui qui t’impressionnent et avec qui tu aimerais  travailler ?

Honnêtement, il n ‘y a pas beaucoup de choses ou de gens qui “m’impressionnent” actuellement dans le milieu du show biz. Il y a des personnes dont j’admire le travail et la démarche comme Peter Gabriel, Manu Chao, Seu Jorge, Brian Eno, Daniel Lanois, Cesaria Evora, José Gonzalès, Salif Keita ect. et beaucoup aussi qui ne sont plus là, mais que j’aurai aimé rencontrer comme Marley ou Billie Holiday..

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