Et si les images n'étaient pas seulement faites pour être regardées, mais aussi pour être mangées ? Avec « Manger les images », le Mucem nous invite à un drôle de festin où chefs-d'œuvre des beaux-arts, objets populaires et créations contemporaines passent à table. Une exposition aussi savante que savoureuse qui explore notre appétit insatiable pour les images.
Quand les beaux-arts rencontrent la culture populaire
Faire dialoguer les beaux-arts et les arts populaires, l’histoire de l’art et l’anthropologie, les chefs-d’œuvre des musées et les objets du quotidien. C’est toute la singularité du Mucem :
Comme le souligne Marie-Charlotte Calafat, responsable des expositions et des collections, les réserves du musée regorgent d’objets collectés depuis plus d’un siècle qui n’étaient pas destinés à raconter une même histoire. Il suffit parfois d’un nouveau regard pour les faire dialoguer.
C’est précisément ce que propose « Manger les images », imaginée par Jérémie Koering, professeur à l’université de Fribourg, avec Raphaël Bories, conservateur au Mucem.
Sur 1 200 m², l’exposition rassemble 435 œuvres, dont 250 issues des collections du musée : peintures anciennes, gravures, sculptures, photographies, films, mais aussi hosties, gaufres, moules à gâteaux et autres objets comestibles.
De Dürer à Ingres, des images pieuses aux performances contemporaines, les frontières entre art savant et culture populaire volent en éclats.
Dévorer les images, au sens propre comme au figuré
L’exposition s’ouvre sur une scène saisissante du film Dragon rouge, dans laquelle un personnage dévore une aquarelle de William Blake pour s’en approprier symboliquement la puissance.
Manger une image n’a rien d’une idée saugrenue. Depuis l’Antiquité, les hommes ont cherché à ingurgiter des images pour acquérir un savoir, se protéger, guérir ou communier avec le divin.
Parmi les pièces maîtresses, une toile du peintre espagnol Alonso Cano, exceptionnellement prêtée par le musée du Prado, représente la lactation de saint Bernard : une statue de la Vierge s’anime et projette son lait dans la bouche du saint pour lui transmettre la sagesse divine.
Plus loin, l’exposition explore la manière dont les artistes « digèrent » les œuvres de leurs prédécesseurs pour nourrir leur propre création. Une métaphore qui prend parfois une tournure très littérale !
De la dévoration artistique à notre boulimie d’images
L’art contemporain n’est pas en reste, avec des œuvres et performances qui jouent sur l’incorporation, le désir et la destruction.
À l’image de l’artiste Irène Schwartz, qui réalisa à la fin des années 1970 un moulage grandeur nature de son propre corps en chocolat, avant de le briser et de le faire dévorer par le public. Une manière radicale de transformer l’œuvre d’art en nourriture !
Au fil du parcours, les images deviennent ainsi objets de croyance, de désir, de transmission ou de consommation. Mais à l’heure où nos écrans nous abreuvent sans relâche de contenus visuels, le propos prend une résonance troublante.
Et si les rôles étaient en train de s’inverser ? Après avoir dévoré les images pendant des siècles, ne serions-nous pas en passe d’être dévorés à notre tour par celles que produisent des intelligences artificielles que nous avons nous-mêmes nourries jusqu’à l’indigestion ?
Le Petit Plus : Les petits gourmands d’images ne sont pas oubliés ! Le Mucem leur réserve un parcours spécialement adapté pour découvrir l’exposition à hauteur d’enfant. Et pour prolonger le plaisir, des ateliers, contes et animations gourmandes sont programmés pendant les vacances de Noël. De quoi nourrir leur curiosité autant que leur imagination !
Par Eric Foucher / texte et photos









