Du 24 mars au 20 septembre 2026, le Musée Regards de Provence célèbre Albert Dubout, cinquante ans après sa disparition. Dessins de presse, illustrations, affiches, peintures et chats malicieux composent le portrait d’un artiste marseillais à l’imagination débordante, aussi tendre avec les petites gens qu’impitoyable avec les travers de son époque.
Albert Dubout, un géant du dessin populaire
Né en 1905 et disparu en 1976, Albert Dubout a exploré pendant plus de cinquante ans presque toutes les formes d’expressions graphiques.
Il collabore avec plus de 250 journaux et revues, publie plus de 140 albums et illustre 67 classiques de la littérature française, de Villon à Pagnol, en passant par Molière, Voltaire et Balzac.
Il imagine également 86 affiches, notamment pour le cinéma, ainsi que des publicités, des dessins animés, deux films, des décors de théâtre et des vitrines animées pour les Galeries Lafayette. Une production monumentale portée par un style immédiatement reconnaissable.
Dans les années 1930, armé d’une plume d’acier et d’une loupe, Dubout compose des scènes miniatures peuplées de centaines de personnages. Après-guerre, sa vue fragilisée l’oblige à simplifier ses compositions. Le trait devient plus synthétique, mais conserve toute sa précision et sa puissance comique.
Sa collaboration avec Marcel Pagnol, de 1936 à 1965, donne naissance à des images devenues emblématiques : parties de cartes, pétanque ou ferry-boat.
Peintre plus secret, il réalise également 77 huiles sur toile, qu’il refuse pourtant d’exposer de son vivant afin de préserver sa liberté créatrice.
Couples, foules et chats : ses thèmes de prédilection
Dubout transforme la vie quotidienne en immense comédie humaine. Fêtes de village, vacances, embouteillages, salons de l’automobile ou impôts lui permettent de croquer une société bouleversée par les congés payés, la consommation et le tourisme de masse.
Son fameux « couple à la Dubout » réunit Anatole, petit homme frêle, et une compagne monumentale qui occupe tout l’espace. Derrière l’exagération des proportions se cache une satire étonnamment moderne des rapports de pouvoir au sein du couple.
Le Midi traverse également son œuvre. Arènes, fêtes votives et parties de pétanque dessinent une Méditerranée populaire, solaire et turbulente, bien loin de la carte postale.
À partir de 1962, les chats deviennent une autre grande source d’inspiration. Réalisés sans légende, ces dessins racontent une histoire en quelques traits et révèlent une facette plus tendre de son travail. Indépendants, discrets et solitaires, ses félins ressemblent finalement beaucoup à leur créateur.
Présentée sous le commissariat de Didier Dubout, petit-fils de l’artiste, avec Adeline Dumon et Pierre Dumon, l’exposition révèle toute la richesse d’un dessinateur populaire capable de faire rire tout en portant un regard profondément lucide sur son époque.
Par Eric Foucher / Texte et Photos






