Quoi ? : Mode, photo, sculpture, vidéo
Où ? : MuCEM, 1, Esplanade du J4, 13002 Marseille, France
Quand ? : Mercredi 20 mai 2026 au lundi 16 novembre 2026
Combien ? : 11€ (réduit 7.5 €)
Des Questions ? : 04 84 35 13 13
Un lien ? : Cliquez-ici

Pensée comme une traversée entre couture, cultures populaires, transmission et patrimoine vivant, cette rétrospective retrace l’univers profondément hybride du styliste français. Football, Bollywood, danse contemporaine, art urbain ou artisanat traditionnel : Mossi Traoré tisse des ponts entre des mondes que tout semblait opposer.

De l’OM à Madame Grès : une mode nourrie par la culture populaire

Rien ne prédestinait Mossi Traoré à la haute couture. Fils d’éboueur, passionné de football et curieusement fan de l’OM, il grandit à Villiers-sur-Marne avant de découvrir la mode presque comme un terrain de réinvention personnelle.

Dans l’exposition, les souvenirs d’enfance dialoguent avec les collections du Mucem : ballon commémoratif de la victoire de l’OM en 1993, album Panini d’Olive et Tom, références au rappeur Sefyu ou au cinéma Bollywood.

Le parcours raconte aussi son admiration pour l’Inde, les saris et les actrices bollywoodiennes comme Aishwarya Rai Bachchan, pour qui il réalisera plusieurs robes, mais également son attachement à l’histoire de la couture française.

Avec ses Ateliers Alix fondés à Villiers-sur-Marne, Mossi Traoré défend une vision exigeante de la transmission des savoir-faire et surtout l’idée que tout reste possible quelque soit ses origines. Le nom de l’école rend hommage à Madame Grès – un nom tombé dans l’oubli- et à son remarquable travail du pli et du drapé.

Une manière de rappeler aux jeunes génération de la mode qu’il faudrait « mieux connaître Madame Grès que Kim Kardashian ».

Le patrimoine comme matière vivante

Au cœur de l’exposition, les réserves du Mucem deviennent un immense terrain d’inspiration. Le styliste y découvre vêtements populaires, outils de couture et pièces textiles qu’il réinterprète ensuite dans ses collections. Un pantalon breton, une chemise croate ou encore une chemise estonienne nourrissent ainsi de nouvelles silhouettes contemporaines.

Cette approche dépasse largement la simple citation esthétique. Chez Mossi Traoré, le patrimoine devient un geste vivant, une manière de réduire la frontière entre artisanat et art contemporain.

Le visiteur découvre autant les vêtements que les outils qui les ont façonnés : fers à repasser, moules à plisser, machines à coudre ou mètres de couture dialoguent avec ses créations sculpturales.

Son atelier est reconstitué comme un laboratoire où matières recyclées, charbon, textiles innovants et mood boards racontent une autre manière de fabriquer la mode. La série « Ça charbonne », dédiée aux travailleurs invisibles — notamment les éboueurs comme son père — illustre cette volonté constante de donner de la dignité aux métiers de l’ombre. Une mode engagée où créer revient aussi à « recoudre le monde ».

Danse, calligraphie et art contemporain : des passerelles inattendues

La dernière partie de l’exposition montre à quel point Mossi Traoré pense la couture comme un espace de dialogue permanent. Inspiré par la danse contemporaine, il fait collaborer danseurs étoiles, hip-hoppeurs, artistes coréens de l’Opéra de Paris ou encore la danseuse Marie-Agnès Gillot dans des créations où le vêtement devient mouvement.

Les calligraphies du grand artiste irakien Hassan Massoudy sont traduites en gestes dansés, en motifs textiles et en volumes. Les œuvres de l’artiste coréenne Lee Bul, qui ont profondément marqué le créateur, dialoguent-elles aussi avec ses silhouettes asymétriques et architecturales.

Tout au long du parcours, Mossi Traoré construit ainsi des passerelles entre les disciplines, les cultures et les territoires.

Entre patrimoine immatériel, mode contemporaine et cultures populaires, « Mossi Traoré, la mode aussi » défend une idée simple : la couture n’appartient pas qu’aux tapis rouges ou aux galas, mais aussi à celles et ceux qui fabriquent, transmettent et inventent les gestes du quotidien.

Par Eric Foucher / Texte et photos