Quoi ? : Photographies
Où ? : Galerie LAME, 2 Quai de la Joliette, 13002 Marseille, France
Quand ? : 21 Janvier 2016 au 30 Mars 2016
Combien ? : Entrée Libre
Des Questions ? : 06 84 19 41 15
Un lien ? : Cliquez-ici

Empêchés, les protagonistes de cette série photographique, tous Marseillais, luttent pour survivre en milieu hostile. « La tête sous l’eau », ils surnagent comme ils peuvent.

Souffle (définition) > Air qu’on chasse par la bouche en expirant plus ou moins fortement. > Inspiration de l’écrivain, de l’artiste. Energie qui constitue et anime à la fois les êtres et le cosmos.

Jouent-ils ? Non, souffler n’est pas jouer. Est-ce leur premier, leur second ou leur dernier souffle ? Car en matière de souffle il convient de compter. D’autant que cela compte de souffler : pas de souffle, pas de vie. Et s’il vient à manquer il faut faire vite… 24 secondes, c’est le temps que dure la pièce du dramaturge Samuel Beckett, Breath. La plus courte de ses œuvres, la plus vue également. Donner le souffle en représentation, pourquoi? Placé hors de son milieu naturel, celui-ci quitte le champ du réel. L’artiste Ana Bloom recourt au même subterfuge, l’eau se substituant à la scène dans le rôle de l’élément perturbateur. Ici et là, l’expérience humaine la plus universelle qui soit, à savoir respirer, prend une dimension surnaturelle, interrogeant sa raison d’être, la vie-même.

Certains y verront une métaphore de la dureté voire de l’inhumanité des conditions de vie aujourd’hui. Un motif largement présent dans le travail d’Ana Bloom qui, jeune historienne, consacrait son mémoire au logement social, avant de s’intéresser aux banlieues puis à la place, grignotée de tous côtés, de la nature dans nos sociétés contemporaines. Ces femmes, ces hommes, cette petite fille, Blanche, qui donne le «la» chromatique à cette série de portraits immergés et très picturaux, possèdent un nom, une identité, mais leur visage est flouté. L’humanité vacille, distorsion des contours, explosion des pigments, plasticité des traits et de la peau… Mais n’abdique pas. Dans l’interstice entre surface et profondeur, le souffle, singulier à chacun, agit comme un filtre photographique : les bulles modifient l’image à l’aune des comportements individuels sous l’eau. C’est la part de l’œuvre qui échappe – volontairement – à l’artiste, manière de faire échec à toute tentative de programmation comme d’indifférenciation des êtres. Dans cette ambiance diaphane, méditative, ne nous y trompons pas, le silence est de résistance. Une résistance solaire. L’homme a encore de beaux jours devant lui. Touché, mais pas coulé.

(Texte de Sandra de Vivies)