Quoi ? : Groupe de musique
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Certaines chansons comptent autant que les souvenirs qu'elles fabriquent. C’est là toute l’intention du groupe Top Évasion. Depuis 2019, cette meute de six Marseillais – Max, Roman, Elsa, Jérémie, Philippe et Nicolas - façonne une pop solaire et pleine d’aspérités, qui fait dodeliner du chef. Mais derrière leur partition canaille et leurs mélodies beachy, se trouvent une histoire d’amitié, des interrogations créatives fécondes et des moments de scène qui deviennent une fabrique à tisser du lien.

C’est toujours une petite effervescence que de retrouver Top Évasion. D’abord parce que ces six musiciens ont une bonhomie contagieuse. Ensuite parce que leur façon de raconter, de jouer et de recevoir en pleine répétition convoque autant d’intime que de vérité. On sort des gobelets siglés – oubliant délibérément les convenances du verre à pied – et on arrose le tout d’un nectar local trouvé non loin en supérette made in Capelette. Ça donne de l’allant pour converser sans retenue sur leurs influences, leur poésie du quotidien, leur autodérision, leurs aspirations et leur capacité de mise à nu. Leur local, rue Saint-Pierre, « évade » pour de bon. On se croirait dans un faubourg mexicain, quelque part entre Marseille et un ailleurs fantasmé. Ce soir-là, entre deux gorgées de blanc et une ribambelle d’accords, les six compères se sont montrés prévenants et habités. Avec beaucoup de talent et une pudeur désarmante, ils mettent leur monde en musique. Top Evasion, c’est une vibration. Et de ça, on se délecte sans modération.

L’identité musicale de Top Évasion : comment la décrivez-vous à quelqu’un qui ne vous a jamais écouté ?

Max : Top Évasion, ça renvoie au coucher du jour, à l’odeur du soleil, à l’espièglerie, aux après-midis désinvoltes qui s’étirent. Une sorte de pop californienne passée au filtre du 13.

Roman : On est quelque part entre les Beach Boys et Niagara.

Nicolas : Plus qu’une démonstration de genre ou de technique, Top Évasion recherche avant tout l’état d’esprit, la sensation. Ça rend notre musique intemporelle.

Max :  Avec cette envie assumée d’être le groupe pop le plus rugueux de Marseille !

À quel moment êtes-vous devenus plus qu’un groupe mais une bande ?

Roman : En vérité, c’est la bande qui a précédé le groupe. Tout a commencé en 2019, dans l’appartement de Max, autour d’apéros longue durée et de sessions improvisées. Personne ne s’était réuni avec l’ambition de monter un projet musical ; il s’agissait simplement de jouer ensemble. Naturellement, Top Évasion est né.

Max : Notre premier groupe WhatsApp, c’était quoi déjà ?

Nicolas : Le « Pastis Social Club » !

Max : Notre noyau initial s’est progressivement étoffé. On est vite devenus 5 mecs qui font des morceaux. Puis, il y a eu l’arrivée d’Elsa en 2022.

Nicolas : Le groupe cherchait davantage sa voix qu’une chanteuse mais Elsa s’est immédiatement fondue dans l’âme du projet.

Max : Depuis, nos rencontres continuent d’alimenter cette aventure collective qui se nourrit surtout de l’amitié.

Qu’est-ce qui vous relie quand la musique s’arrête ?

Max : Une irrépressible envie d’en découdre !

Elsa : Notre capacité à nous retrouver. Les répétitions ne sont qu’une partie de l’histoire. Il y a aussi les jeudis soirs de répète, les week-ends, les virées improvisées, tous ces moments prévus ou inédits qui nous poussent à refaire un peu le monde et à déclarer notre flamme à Marseille.

Philippe : Rien ne retombe entre nous lorsque les instruments se taisent. La musique n’est finalement qu’une énième manière d’être ensemble.

Vous semblez beaucoup discuter entre vous. Le désaccord fait-il partie du processus créatif ?

Max : Complètement. Nous sommes six : cinq architectes et un ergothérapeute-herboriste. Ce sont autant de sensibilités musicales singulières et chacun essaie de tirer l’autre vers sa paroisse : forcément, on s’engueule mais c’est cool de s’engueuler.

Jérémie : C’est même thérapeutique ! Metallica était bien accompagné d’un psychiatre sur les routes… Nos divergences sont fréquentes, mais elles ne sont jamais vécues comme des obstacles.

Roman : Au contraire. Tout se dit, même lorsque la tension monte. Comme une mise à jour régulière : qu’a-t-on envie de raconter ? Où va-t-on ?

La façon dont nous sommes désaccordés finit par nous accorder (Roman).

Qu’est-ce qui dope votre créativité ? Y a-t-il des paysages intérieurs, des inspirations ou des symboles qui reviennent souvent ?

Elsa : Notre local de répétition de Saint-Jean-du-Désert, la buvette voisine, les souvenirs perchés qu’on y a passés !

Jérémie : Les groupes de garage californiens qui nous accompagnent depuis toujours.

Philippe : le zinc d’un comptoir, la mer et son rouleau, la calanque urbaine, la brutalité de la beauté marseillaise et l’horizon parfait.

Nicolas : Top Évasion regarde le monde – et sa vacuité – avec une forme de désenchantement tendre. Un regard nourri par les promesses de liberté et d’ailleurs qu’on nous a toujours vendu.

Max : Parfois, tout commence simplement par un son : un effet sur une guitare, une texture particulière capable d’ouvrir tout un paysage mental.

Marseille est donc un personnage de votre histoire ?

Roman : Plus qu’un décor, c’est le personnage principal. Marseille est une ville libre et indocile, un Far West urbain. On y puise ce mélange de douceur et de relief. Cette certaine idée du cool, jamais policée, traverse notre musique.

Quel morceau auriez-vous aimé composer ?

Nicolas : Courage des Whitest Boy alive.

Max : Un bon Transcendental Light des Black Lips.

Elsa : Fade into you de Mazzy Stars.

Philippe :  N’importe quel morceau des Limiñanas !

Roman : Stairways to heaven pour l’aspect divin, inatteignable. Ou encore Shine on you crazy diamond des Floyd.

Qu’allez-vous chercher, ensemble, dans l’expérience du live et de la scène ?

Jérémie : Une alchimie. D’abord entre nous, puis avec le public.

Max : Juste avant de monter sur scène, chacun suit son propre rituel. Quelques minutes pré concert où l’on se disperse tous pour mieux se retrouver.

Une fois les premières notes lancées, un truc étrange se produit et le temps se suspend. Le « pendant » devient une sorte de tunnel dont on ressort différent (Max).

Roman : On n’a pas de langage inutile, c’est une connexion silencieuse, quelque chose qui tient autant de l’adrénaline que de l’abandon.

Philippe : C’est presque mystique au final…

Un fantasme de concert dans la ville ?

Elsa : Je veux investir le ponton du Frioul ! C’est beau, saisissant et parlant.

Roman : Au snack l’Olympien, juste en face du Vélodrome. Ce serait notre presque Olympia à nous… notre Olympien à Marseille !

Et s’il ne devait rester qu’une chose de Top Évasion?

Max : Du merch ! (rires). Des souvenirs en pagaille bien sûr. Quelques mauvais logos, des enregistrements et des édits qui laissent une empreinte.

Philippe : L’envie de faire exister une scène alternative et des trous dans le foie.

Roman : C’est difficile de se prononcer sur la qualité et la contenance de notre proposition. Notre trace, ici, c’est que dans une ville où le rap prédomine, on essaie d’occuper un autre territoire.

Peut-être qu’entre le rap et le punk, il y a Top Évasion (Philippe).

À l’unisson : Ce qui reste, ce sont les membres du groupe. Parce qu’on s’est tous un peu sauvés à travers Top Évasion.

Actu express :

  • En live au Festival Isla ce dimanche 28 juin (@islalesembiez).
  • Sortie d’un nouveau titre et d’un clip en septembre 2026.
  • Parution du prochain EP en décembre 2026, après plusieurs premiers extraits déjà disponibles sur Spotify et Deezer.

Propos recueillis par Pauline Puaux/ Photos PP, @igo.studio