Quoi ? : Lieu associatif, hébergement solidaire, coworking et programmation culturelle
Où ? : 50 rue Saint-Savournin 13001 Marseille
Quand ? : Selon programme d'exposition
Combien ? : Adhésion à prix libre
Transport ? : M1 et T2 Réformés
Un lien ? : Cliquez-ici

Au cœur du quartier des Réformés, un ancien couvent a retrouvé sa vocation première : accueillir celles qui en ont besoin. Devenu refuge pour des femmes et leurs enfants, espace de travail partagé et laboratoire de solidarités, Chez Marthe fait cohabiter associations, résidentes et artistes. Un lieu singulier où l'on cultive aussi bien le lien social que les jardins et l'art contemporain.

D’un ancien couvent à une maison refuge

Derrière les murs du 50 rue Saint-Savournin, l’histoire semble se répéter, mais avec un nouveau chapitre.

Après avoir abrité des religieuses, puis accueilli des étudiantes pendant plusieurs décennies, cet ancien couvent continue de vivre au féminin.

Et cette fois, ce sont des femmes en grande précarité, parfois accompagnées de leurs enfants, qui y trouvent un toit et la possibilité de se reconstruire.

L’ensemble immobilier, autrefois propriété du diocèse, devait être vendu à des investisseurs privés. Mais la Ville de Marseille et la Métropole ont décidé de préempter le site pour le destiner à un bailleur social. En attendant le lancement des travaux, plutôt que de laisser les bâtiments inoccupés, un projet d’occupation temporaire a vu le jour avec le soutien de la municipalité.

C’est ainsi qu’est né Chez Marthe, sous l’impulsion de Véronique Eyraud, avec une idée aussi simple qu’ambitieuse : transformer ce patrimoine religieux en un lieu d’hospitalité, d’entraide et de mixité sociale.

Aujourd’hui, 29 femmes et 9 enfants y sont hébergés, orientés notamment par le 115. Les anciennes chambres du couvent offrent un peu de stabilité à des personnes qui ont parfois connu des années d’errance. Un hébergement non mixte, volontairement préservé pour garantir leur tranquillité et leur sécurité, tandis que les autres espaces accueillent des publics plus variés.

Mais Chez Marthe ne se résume pas à un centre d’hébergement. Dans les couloirs, les salles communes et surtout le jardin, les rencontres se font naturellement. On discute, on jardine, on partage un café. Une manière de rompre l’isolement et de redonner à chacune une place dans la cité.

Une ruche associative où l’entraide prend tout son sens

Chez Marthe, la solidarité n’est pas un slogan affiché sur les murs. Elle se pratique au quotidien grâce à plusieurs associations qui partagent les espaces, les compétences et une gouvernance collective.

L’association Chez Marthe assure la coordination générale du projet, tandis qu’Habitat Alternatif Social (HAS) et JUST prennent en charge l’hébergement et l’accompagnement social des résidentes, avec une équipe d’éducateurs spécialisés.

Autre pièce maîtresse de cette maison pas comme les autres, Sista For Good, un réseau d’environ 200 femmes marseillaises fondé par Daphné Charveriat et Dalila El Yaoudi. Entrepreneuses, artistes, autrices ou salariées s’y retrouvent autour d’un espace de coworking féminin où l’on échange des idées, des contacts et parfois de précieux coups de pouce.

Dans un bâtiment voisin, Les Petites Cantines font mijoter le lien social autour d’une grande table. Le principe ? Une cantine participative de quartier où chacun peut venir cuisiner, déjeuner et contribuer à prix libre. Parce que partager un repas reste l’une des meilleures façons de faire tomber les barrières.

Enfin, Benenova, qui collabore avec quelque 70 associations marseillaises, facilite l’engagement bénévole à travers des actions accessibles à tous, comme les « Samedis Bien », mêlant coups de main collectifs et moments de convivialité.

Le jardin incarne parfaitement cette philosophie. Une voisine, Framboise, a commencé à s’en occuper spontanément avec les résidentes et des bénévoles. Plantations, arrosage, entretien des massifs… Les activités deviennent autant de prétextes à la rencontre. Certaines jardinières sont même réservées aux femmes hébergées, qui peuvent y cultiver leurs herbes aromatiques et décider de leur aménagement.

Il ne s’agit donc pas seulement d’aider, mais aussi de faire ensemble. De décloisonner les univers sociaux sans effacer les besoins d’intimité des résidentes.

Et surtout de rappeler que les femmes accueillies ne sont pas uniquement des bénéficiaires, mais des habitantes à part entière.

Une chapelle où l’art ouvre les portes de l’hospitalité

Le lieu possède aussi un petit trésor architectural : une ancienne chapelle, avec son orgue, sa chaire et ses éléments décoratifs en fonte. Un espace patrimonial étonnant, désormais ouvert à la création contemporaine et aux rencontres culturelles.

L’exposition collective « L’Étreinte des lieux », imaginée et orchestrée par l’artiste collagiste et commissaire Sandrine Kiefer, en a offert une belle démonstration du 8 au 30 octobre 2026.

Tout est parti d’une rencontre dans le jardin. Alors qu’elle participait à une action bénévole, Sandrine entend une résidente désigner un banc comme étant « son banc ». Une phrase anodine en apparence, mais qui traduit quelque chose d’essentiel : le sentiment d’être enfin chez soi.

De cette émotion est née une exposition consacrée à l’hospitalité, réunissant une soixantaine d’œuvres d’artistes majoritairement marseillais, entre photographies, collages, installations et créations plastiques. Des artistes confirmés côtoient des talents émergents et des propositions issues de parcours plus fragiles.

Le parcours s’articule autour de cinq chapitres : le dedans et le dehors, le seuil, la clé, la maison et les gestes d’hospitalité. Autant de symboles universels qui questionnent notre rapport à l’autre, à l’intimité, à la frontière et à l’accueil.

Mais l’art ne se contente pas ici d’occuper les murs. L’exposition s’accompagne d’ateliers de collage, d’écriture, d’expériences olfactives, de performances et même de « siestes hospitalières », durant lesquelles les visiteurs écoutent des récits d’accueil confortablement installés sur des transats.

L’ouverture culturelle pensée en concertation avec les résidentes, dont les espaces privés restent protégés. La démarche possède enfin une dimension solidaire : la vente de cartes postales et de marque-pages issus des œuvres exposées bénéficie intégralement à Chez Marthe, tandis qu’une partie des ventes des créations contribue au financement de ses actions.

« L’hospitalité transforme toujours l’espace, mais aussi celui qui accueille et celui qui est accueilli », résume Sandrine Kiefer.

Par Eric Foucher / Texte et photos