Boulevard de la Libération, la façade orange survitaminée et le lettrage graffiti donnent le ton : bienvenue au restaurant Chez Romain et Marion ! Depuis vingt ans, une belle histoire de famille y mijote tranquille. Une mère aux fourneaux, un fils au bagou sans tabou et des spécialités afghanes qui régalent leur monde.
Vingt ans déjà
Avant les fourneaux, il y a les racines. Celles de Myriam, née à Kaboul d’un père Afghan et d’une mère Française. Lorsque le conflit avec les Soviétiques éclate, la famille rejoint Marseille. L’idée d’ouvrir un restaurant fait son chemin… Jusqu’en 2006, quand Myriam, CAP cuisine en poche, prend son courage à deux mains.
Armée des recettes transmises par les femmes de sa famille, elle prend ses quartiers dans une ancienne boucherie du boulevard de la Libération et y ouvre un comptoir-traiteur, du nom de ses deux enfants.
Neuf ans durant, elle tient seule la baraque, avec une détermination qui force le respect. « C’est l’héroïne de ma vie » lâche son fils Romain, aujourd’hui aux commandes de la salle.
Le restaurant ? Il naît un peu malgré lui. De fil en aiguille, les habitués prennent leurs quartiers et le comptoir laisse la place aux tablées.
Après un détour par des études de commerce et de nobles missions à l’étranger, Romain rejoint l’aventure il y a onze ans : « Libération, c’est mon trottoir, mon béton ». Derrière les assiettes servies, se tisse une histoire de racines, de ténacité et de transmission.
Bonne chère sans manières
Ici, pas de carte à rallonge, ni de menu trop calibré, encore moins de grandes explications. On signale ses intolérances, ses penchants végétariens et on laisse faire la maison. Roulez, papilles ! Chaque semaine, Myriam cuisine l’Afghanistan à sa sauce, sans jamais tourner en rond.
Ce sont des spécialités qui se mitonnent à l’humeur, à l’instinct, à l’amour : toujours, quatre à cinq riz différents, des viandes aux petits oignons et des recettes du pays qui ont un goût de reviens-y.
Au bal des réjouissances ? Riz caramélisé aux raisins secs et carottes confites, boulettes de bœuf enrobées de sauce tomate, poulet Korma pimpé de pruneaux compotés.
Mais la palme revient à ces raviolis bien rebondis, garnis de poireaux et de bœuf haché, allégrement arrosés de yaourt ail et menthe.
En guise de clap de faim ? On se pâme pour la crème afghane à la cardamome, constellée de pistaches moulues. Dès qu’on vient à plusieurs, Romain sert des plats fumants au centre de la table et chacun pioche à sa guise. Esprit de famille oblige !
Repaire à cœur ouvert
À l’intérieur, place à une cantine joliment dépareillée. Carrelage blanc façon bistrot d’antan, sol graphique chocolat-vanille, grandes tables en bois patiné, lumière ambrée, étagères foutraques, frigos apparents et touches orangées : cette petite salle de 22 couverts a le charme spontané des adresses qui ne jouent aucun rôle.
Autre déco sans prétention ? Les petits bouquets en lévitation, les photos de famille au mur et la télé rescapée d’une autre époque : rien de figé, ni de guindé. C’est la vie elle-même qui fait la mise en scène.
Au service, Romain mène la salle sans chichis ni minauderies : « Je brise la glace, je rentre dedans ». Un franc-parler qui n’empêche pas les égards. Ici, l’hospitalité a du tempérament.
Et cette recette fait des adeptes : travailleurs du quartier, visages familiers et visiteurs de passage se retrouvent dans un joyeux mélange des genres. « Certains gamins, je les ai vus grandir depuis leur couffin » ajoute Romain.
Le vendredi soir, quand les copains rappliquent et que les Beatles résonnent, la cantine prend des airs de repaire.
On refait le monde, on se dit des vérités. Verre à la main et cœur léger.
Le Petit Plus : dès 15 convives, la cantine se privatise pour un festin afghan en trois actes, à 25 € par tête. Le dépaysement est de la fête !
Par Pauline Puaux/ Photos : PP, @studio.lefranc









