Derrière ce nouveau bistrot marseillais des allées Gambetta, deux complices de longue date, Valentine Lecourt et Célia Bourdarias, revenues à leurs premières amours : une cuisine méditerranéenne généreuse, des produits frais, de bons vins et un aïoli dont on choisit même la puissance de l’ail.
Retour aux sources
Pour Valentine Lecourt, s’installer ici ressemble à un retour aux sources. La cheffe est née à Marseille et a grandi sur les allées Gambetta. Ses parents habitent d’ailleurs toujours quelques numéros plus haut.
Partie à Paris à 18 ans pour faire ses armes en cuisine, elle multiplie les expériences, du bistrot au gastronomique en passant par la brasserie. C’est aussi dans la capitale qu’elle rencontre Célia Bourdarias, avec qui elle travaille depuis une quinzaine d’années. Ensemble, elles prendront notamment en gérance un petit restaurant aux Frigos de Paris pendant deux ans.
Retour au soleil en 2019. Direction Marseille et le Longchamp Palace, où Valentine restera sept ans, devenant cheffe après trois années passées en cuisine.
L’idée d’ouvrir leur propre adresse se concrétise en juin 2026 lorsqu’elles reprennent Golda dont la grande terrasse et la belle cuisine ouverte finissent de les convaincre.
Un bistrot pour aujourd’hui… et dans 30 ans !
Le nom ? Une petite blague devenue manifeste. Au moment de monter le projet et d’emprunter de l’argent à leurs proches, Valentine et Célia plaisantent sur leur volonté de leur « rendre au centuple ». L’expression reste. Sa consonance légèrement désuète plaît aussi à Valentine, qui revendique justement l’envie de ne pas courir après les tendances.
Son ambition est ailleurs : créer un bistrot qui aurait pu exister il y a trente ans et qui pourrait être encore là dans trente ans.
Un lieu vivant du matin au soir, où l’on peut venir prendre un café et lire le journal, déjeuner, s’attarder l’après-midi autour d’un verre en terrasse puis revenir dîner le soir dans une salle qui s’ambiance.
L’aïoli à la puissance 3
Dans l’assiette, Valentine assume une cuisine avant tout méditerranéenne, sans pour autant s’interdire quelques échappées plus lointaines inspirées notamment de ses voyages en Asie. Une seule règle : respecter les saisons, travailler des produits frais et tout préparer maison.
Le plat manifeste du Centuple est pourtant on ne peut plus marseillais : l’aïoli, présent à la carte toute l’année et qui évolue au fil des arrivages.
Le poisson peut être du thon, de la julienne ou du pagre ; les courgettes estivales laissent place au panais ou à la courge quand les températures baissent.
Mais Valentine y ajoute une petite idée rapportée du Japon. Comme dans certains restaurants de ramen où l’on choisit la fermeté des nouilles ou la puissance du piment, ici chacun détermine son niveau d’ail, de 0 à 3. Une manière plutôt maligne de réconcilier ceux qui trouvent toujours l’aïoli trop aillé avec ceux pour qui il ne l’est jamais assez.
Ce jour-là, on a justement pu goûter à cette cuisine voyageuse et sans chichis
Poulpe laqué au citron et sriracha et araignée de porc au yaourt-tahini, massala et padrón en entrée, avant de poursuivre avec l’aïoli de thon mi-cuit et les courgettes grillées au paprika et parmesan.
Pour finir, un très réconfortant riz au lait banane-coco et caramel au beurre salé. Une cuisine généreuse, pleine de relief, qui fait joliment voyager la Méditerranée.
Même soin côté cave : Célia et Valentine dégustent les vins ensemble pour construire une sélection pensée en accord avec la cuisine. Le poisson vient de R et Marée, les fruits et légumes de Panier sur Mesure aux Arnavaux et le pain au levain d’une petite boulangerie tunisienne de la rue de la Grande-Armée.
Le Petit Plus : À terme, le duo aimerait aussi faire évoluer le lieu avec des événements et notamment des dîners à quatre mains avec d’autres chefs.
Par Eric Foucher / Texte et photos












