Pièce maudite, mais comptoir déjà bénit par les épicuriens. Le Grand Rouge s’installe Place Edmond Rostand avec des assiettes très tchatcheuses, des cocktails maison et une carte des vins qui tient sur un set de table pour le plus grand bonheur des locaux et des touristes bien avisés.
Une bonhomie à deux voix
L’âme d’Edmond Rostand imprègne un peu plus le square éponyme depuis que le Grand Rouge – allusion au Gant Rouge, première œuvre de l’auteur, noircie par la critique et délibérément enfouie dans l’oubli – a pris ses quartiers à l’emplacement de l’ancien Directoire.
Derrière ce trait d’esprit, deux tauliers bien inspirés.
Guillaume le Donche – à qui l’on doit, entre autres, le pied à terre arlésien le plus désirable, l’Hôtel Présent – et Mohamed El Mouaffak, épicurien ingénu à l’origine de la table itinérante Ventru et de la sandwicherie parisienne Bidou. Et force est de constater que les deux compères savent recevoir !
Une table de gourmands
Ce comptoir de poche, transfiguré avec un sens aigu du beau, n’ouvre qu’en semaine – mais avec une amplitude horaire généreuse, qui laisse tout loisir de ne pas bouder les plaisirs coupables. Et ils sont nombreux à sortir de la cuisine d’Alexandre Gilles passé notamment par Livingston, Le Chardon et Ebo, son ancien restaurant annécien où il a nourri une passion déclarée pour la braise.
Éprouvées et adoubées, les assiettes du Snack Bar ont toutes un goût de reviens-y et laissent deviner, par leur générosité assumée, une franche vocation à éponger les breuvages alcoolisés.
Attablées sur la terrasse XXL qui grouillait, pour nous ce seront les beignets d’oignons frits et leur dip creamy deluxe – sans complexe face à son illustre modèle, une pizette (entendez : une généreuse boule de pâte à pizza, étonnamment légère) nappée cacio e pepe, coiffée d’un jaune d’œuf confit et de guanciale. Pour finir un tuna melt dont l’intitulé ne trahit en rien le bonheur qu’il promet avec sa soupe de poisson pensée pour l’y noyer.
Le tout réalisé avec les produits issus d’un picking chirurgical, nourri d’un annuaire de producteurs locaux aussi fourni que pointu. Repus d’un sundae à la vanille tonka, nappé de Fior di Latte et couronné de cacahuètes, il nous tarde déjà de revenir pour les plats. Ce soir-là : échine de cochon au barbecue, mulet saisi lui aussi sur la braise, et pour les végétariens, haricots coco en bouillon parmesan, pesto à l’ail des ours et courgettes de saison.
Des quilles biens sourcées
Pour la soif, Le Grand Rouge mise sur la précision.
Côté cocktails, tout est fait maison : cordials, sirops, infusions – exécutés avec soin, à des prix ancrés dans le quartier.
Côté vignes, la carte est volontairement concise : six blancs, six rouges, deux macérations, une bulle. Des bouteilles capées à cinquante-trois euros, issues de petits producteurs travaillant en biodynamie, entre France, Italie et Espagne. Dans notre verre ce soir-là, un macabeu – cépage blanc emblématique de Catalogne, vif, minéral, et franchement à sa place.
Le Petit Plus : Ouvert dès 11h00, c’est aussi le parfait comptoir pour un café
Par Astrid Briant / Photo AN et le Grand Rouge









