À Marseille, un phare venu de Gaza éclaire aujourd’hui bien plus que le littoral méditerranéen. Avec « Re-lighthouse », l’artiste palestinien Shareef Sarhan reconstruit une œuvre détruite par la guerre pour en faire un puissant symbole de mémoire, de transmission et de résilience. Présentée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, cette installation monumentale transforme Marseille en point de départ d’un récit artistique traversant frontières, ports et blessures contemporaines.
Un phare né des décombres de Gaza
À l’origine de « Re-lighthouse », il y a « Lighthouse », une sculpture monumentale réalisée entre 2015 et 2016 par Shareef Sarhan sur un rond-point du port de Gaza. Construite à partir de débris recyclés issus de la guerre, l’œuvre avait été imaginée comme une lumière publique au cœur d’un territoire assiégé. Réalisée avec l’aide d’ingénieurs et de jeunes artistes gazaouis, cette tour lumineuse est rapidement devenue un repère urbain autant qu’un symbole d’espoir.
Mais au début de la guerre en 2023, l’installation est détruite par un char israélien.
Avec « Re-lighthouse », Shareef Sarhan décide alors de reconstruire cette œuvre disparue, non comme une copie, mais comme une nouvelle traversée artistique entre mémoire et reconstruction.
Marseille comme port de mémoire méditerranéenne
Accueilli en résidence à la Cité des arts de la rue avec Lieux Publics, L’Échelle et les Ateliers Sud Side, Shareef Sarhan réactive son phare à Marseille avant une circulation prévue à Bordeaux puis Montpellier. Le projet s’inscrit dans l’ouverture de la Saison Méditerranée 2026 et porte un sous-titre évocateur : L’appel du Phare (à la paix).
À travers cette installation, Marseille devient un point de passage entre les rives méditerranéennes. « Re-lighthouse » raconte autant Gaza que la capacité des villes portuaires à accueillir des récits, des mémoires et des résistances.
Une œuvre itinérante qui relie les territoires plutôt qu’elle ne les oppose.
Une œuvre contre l’effacement
Au-delà de sa dimension sculpturale, « Re-lighthouse » interroge aussi la disparition des archives et de la mémoire de Gaza, détruite à près de 80 % depuis 2023.
Le phare devient alors un geste de sauvegarde symbolique face à l’effacement des lieux, des objets et des histoires.
Le travail de Shareef Sarhan s’inscrit depuis plusieurs années dans une réflexion autour du quotidien palestinien, de la reconstruction et de la résilience des habitants de Gaza. Avec cette œuvre lumineuse reconstruite loin de son port d’origine, l’artiste transforme l’art public en acte de mémoire collective. Une manière de rappeler qu’ici, même détruite, une lumière de Gaza ne s’éteint pas.
Par Eric Foucher / Photos E.F et Saison Méditerranée






