Artiste majeur de la scène contemporaine, Gilles Barbier développe depuis les années 1990 une œuvre foisonnante mêlant sculptures, dessins, installations et dispositifs expérimentaux. Refusant toute logique linéaire, il invente des mondes parallèles où l’identité, le langage et la société se déforment jusqu’à l’absurde. Installé à Marseille, il poursuit aujourd’hui ce travail protéiforme dans son vaste atelier de la Friche Belle de Mai, alors qu’un important parcours d’expositions lui est consacré dans la ville.
Sculptures, photographies, grands dessins, installations : l’œuvre de Gilles Barbier est multiple, proliférante, volontairement instable. Ennemi des certitudes et des vérités définitives, l’artiste construit depuis le début des années 1990 un univers où les décisions se dérèglent, où les identités se fragmentent, où l’imaginaire devient un outil critique pour penser notre époque. Clones de cire, spirales mentales, kits de décision, personnages absurdes ou inquiétants composent une sorte de laboratoire de la conscience contemporaine, nourri autant par la bande dessinée que par la philosophie, la science ou la culture populaire. Dans son immense atelier de la Friche Belle de Mai, à Marseille, Gilles Barbier met aujourd’hui la dernière main aux œuvres présentées dans le parcours d’expositions que la ville lui consacre au printemps et à l’été 2026*. De l’installation Tels des vaisseaux fantômes, conçue face au Vieux-Port dans le cadre du projet Le Code a changé, aux expositions présentées au Musée Regards de Provence, à la Digitale Zone ou lors de l’exposition collective du MAC, ce cycle marque une étape importante dans le travail d’un artiste rare dans les médias mais incontournable dans l’art contemporain.C’est dans ce lieu de travail, envahi de figures, de maquettes et de scénarios en cours, que nous l’avons rencontré, pour revenir avec lui sur son parcours, ses obsessions, et sur ce nouveau chapitre de son œuvre, alors qu’il en assemble encore les derniers fragments.
Vous êtes un artiste reconnu internationalement, mais relativement rare dans les médias : est-ce un choix ?
Les médias s’intéressent peu ou pas du tout à l’art contemporain. C’est peut-être dommage mais c’est aussi la garantie que l’art n’est pas encore totalement passé du côté de l’entertainment.
Votre œuvre se construit depuis plus de trente ans par cycles et par séries. Avez-vous toujours pensé votre travail dans le temps long ?
Oui. J’ai commencé des séries en sachant pertinemment que ma vie d’homme ne me permettrait pas d’en achever le cycle. L’inachèvement m’assure qu’aucun cycle ne sera jamais clôturé.
Le fait d’être né au Vanuatu et de vivre à Marseille a-t-il influencé votre rapport au monde et à la création ?
Ma vie aux antipodes a façonné mon regard sur le monde, c’est évident. Et j’ai choisi Marseille pour me tenir définitivement à bonne distance du « centre ».
Marseille est une ville à la périphérie de tout ce qui fait autorité, et c’est ce qui me séduit.
À la mélancolie, au tragique et à la réflexion philosophique, vous mêlez souvent l’humour et l’incongruité. Pour éviter que l’art ne se prenne trop au sérieux ?
Je prends l’humour très au sérieux. L’art aussi, parfois.
Vous refusez souvent l’idée de style fixe : est-ce une manière de rester en mouvement, ou de résister aux catégories de l’art contemporain ?
Je ne refuse pas le style, mais ma manière de travailler en a déplacé la nature. Mon style n’est pas formel, en revanche, on peut dire qu’il est processuel.
La notion d’« habiter le monde » revient souvent dans votre travail. Que signifie-t-elle pour vous aujourd’hui ?
Cette notion induit un régime d’attention.
Je fais partie d’une famille d’artistes pour lesquels produire des œuvres importe moins que de construire une demeure symbolique où le monde peut être repensé.
Ce parcours d’expositions à Marseille est assez exceptionnel dans votre carrière. Pourquoi avoir accepté ce projet maintenant ?
Aurais-je dû le refuser ? Les choses se sont agencées comme ça, je ne les ai pas choisies mais je m’en suis saisi car j’avais deux trois choses à essayer.
L’exposition « Tels des vaisseaux fantômes » s’inscrit dans votre cycle des Naufrages. Que représente ce motif dans votre travail actuel ?
La série des Naufrages sur laquelle je travaille depuis un peu plus d’un an me permet d’aborder un point autour duquel je tourne depuis longtemps.
Le naufrage et la dérive comme mode de locomotion.
Le projet Le Code a changé vous invite à créer en dialogue avec un lieu très particulier, un appartement ouvert sur le Vieux-Port. Comment ce contexte a-t-il influencé votre installation
Je dirais plutôt que ce contexte a croisé mes propres intentions.
Vos œuvres semblent souvent montrer des mondes en transformation, parfois en ruine. Est-ce une vision du présent, ou une prophétie ?
La transformation et la mort sont les conditions mêmes du vivant.
Propos recueillis par Eric Foucher / Photos EF
Parcours d’Expositons*
*Une dernière exposition est venue se greffer eu parcours initial dans le minuscule espcace d’exposition où Bernard Plasse avait déjà accueilli l’artiste pour sa première expo il y a 34 ans.
- Galerie du Tableau : « Une rencontre inattendue » > Jusqu’au 4 avril 2026









