Quoi ? : Gravures, films, installations, photographies, objets populaires
Où ? : MuCEM, 1, Esplanade du J4, 13002 Marseille, France
Quand ? : 15 octobre 2025 – 30 mars 2025
Combien ? : 11 € / Réduit 7.50 €
Des Questions ? : 04 84 35 13 13
Un lien ? : Cliquez-ici

Plus de quatre siècles après sa naissance sous la plume de Miguel de Cervantès, Don Quichotte chevauche encore notre imaginaire. Figure à la fois tragique et comique, symbole d’un idéalisme perdu et d’un rire salvateur, il fait son grand retour au Mucem, qui lui consacre une exposition magistrale.

Un fou magnifique, miroir de notre humanité

« Plus de quatre cent vingt ans séparent l’écriture du roman de Cervantès de cette exposition », rappelle Pierre-Olivier Costa, président du Mucem.

« C’est probablement l’absence de raison qui rend ce moment idéal pour évoquer cet échalas bringuebalant qui a popularisé la figure de l’antihéros. »

À travers plus de 200 œuvres – gravures, films, installations, photographies, objets populaires – l’exposition déroule la légende de Don Quichotte et de son fidèle Sancho.

Le Mucem met en scène le rire, la folie, la lucidité et l’utopie, dans un jeu constant entre illusion et réalité. Comme le roman, le parcours brouille les repères et interroge : pourquoi croit-on aux fictions que l’on invente ? comment la folie peut-elle devenir sagesse ?

L’héritage d’un rire universel

Pour Aude Fanlo, co-commissaire de l’exposition, « Cervantès incarne l’histoire de l’Europe et de la Méditerranée : il écrit depuis une époque obsédée par les identités religieuses et ethniques, mais il multiplie les doubles fantaisistes. »

À travers la verve carnavalesque du roman, Don Quichotte se fait instrument de métissage : il réunit la culture populaire et la culture savante, l’ironie et la tendresse, le rire et la réflexion.

« Le roman est contagieux », ajoute-t-elle : « c’est une machine à fabriquer des histoires : on l’adapte, on le détourne, on le plagie, on le réinvente sans jamais l’épuiser. »

Hélia Paukner, co-commissaire également, prolonge : « Nous avons mis en lumière le caractère comique de l’œuvre et la récurrence des thèmes du spectacle, du théâtre et de la fête. » Le visiteur déambule parmi des objets hétéroclites, des affiches, des films, des marionnettes, et même une « Grotte de Montesinos » immersive où le texte de Cervantès prend vie dans la pénombre.

L’antihéros d’hier, héros d’aujourd’hui

« Don Quichotte est foncièrement anachronique, notre exposition aussi, » confie Aude Fanlo. Mais c’est précisément ce décalage qui le rend intemporel.

« Il incarne le combat pour des causes justes, même perdues d’avance ».

« Son rire, dit-elle, « jette le soupçon sur ce qu’on voit et ce qu’on croit ».

En cela, il résonne puissamment à l’ère des écrans et de l’intelligence artificielle, où la frontière entre illusion et vérité se brouille.

Et comme le rappelle Hélia Paukner, « de déroute en déroute, don Quichotte est invincible ». Sa persévérance fait de lui le patron des causes désespérées, le héraut des utopies contemporaines.

Un rire qui sauve

À travers cette exposition, le Mucem signe un hommage vibrant à l’imaginaire, à la folie douce et au courage du rêve.

« Don Quichotte porte une armure de bric et de broc ; il se prépare à la plus belle des batailles : une guerre perdue d’avance » conclu Pierre-Olivier Costa.

Une guerre qu’il continue de mener, quatre siècles plus tard, pour notre plus grand éclat de rire — et peut-être, notre plus grande leçon d’humanité

L’exposition met en lumière la façon dont Don Quichotte inspire les artistes depuis des siècles jusqu’à aujourd’hui.

Des maîtres comme Coypel, Daumier, Doré, Goya, Dalí, Picasso ou González dialoguent avec la chanson, le cinéma, la bande dessinée ou le théâtre de marionnettes, témoignant de la richesse des réinterprétations du mythe.

Cette inspiration perdure : des gouaches de Gérard Garouste à la performance filmée d’Abraham Poincheval traversant la Bretagne en armure (cf Photo de Couverture par Mathieu Verdeil), l’exposition célèbre la vitalité contemporaine du héros de Cervantès.

Le Petit Plus : Un parcours pour les enfants permet une approche ludique de l’exposition.

Par Eric Foucher / Texte et photos